L’histoire du château

Arnauton Guilhem Du Vignau “je marche”

En ce 9 avril 1419, jour du seigneur, ce n’est pas la première fois qu’il vient au sommet de cette colline de Cabidos à une demi-lieue de sa demeure d’Arbleix à Philondenx dans le Tursan voisin. Il a toujours aimé la vue offerte sur la chaine des Pyrénées depuis ce promontoire où il venait régulièrement pour méditer au spectacle de cette beauté éternelle et de se dire tel Alphonse de Lamartine pour Pau, quatre siècles plus tard, « C’est la plus belle vue de terre ! ».

Mais aujourd’hui son regard est différent, depuis trois jours notre homme a changé de statut et d’envergure, il est le nouveau Baron de Trubessé. C’est lui, Arnauton Guilhem Du Vignau qui a acheté, pour 200 florins or, chez maître Daubin notaire royal, la baronnie de Trubessé et ses dépendances, avec, selon la législation féodale, tous les titres et droits seigneuriaux.

Certes sa baronnie dépend du Vicomte de Louvigny, Duc de Grammont mais ce titre de Baron de Trubessé le fait, tout de même, Seigneur de l’Abbaye de Pimbo, Seigneur, d’Arbleix, de Péchevin, de Bugnein, de Boursac, de Saint Sorlin du Coudret, du Curley, de Barbasse, de Taillancourt, co-Seigneur de Barenne et Cavier de Garos et de Cabidos et lui permet d’arborer les armes des Trubessé, blason« d’or à l’aigle de sable tenant en son bec une flèche de gueules, empennée d’argent, la pointe en haut, et empiétant une épée de gueules posée en face, la poignée de sable. Avec son timbre de baron: un casque taré de face orné de son bourrelet et lambrequins. Supporté par deux griffons ».

A mi hauteur de la colline, sur un replat, il aperçoit, ce qui deviendra le cœur de son fief,  le château de Cabidos, la bâtisse paraît austère avec son corps de logis entouré de quatre tours, mais il a déjà des projets. Dans quelques semaines il prendra épouse et ils viendront vivre ici, avec elle il remodèlera la demeure et il agrandira aussi l’église du village enchâssée comme une perle au sommet de ses terres.

Il sait aussi que cette terre de Cabidos est généreuse et bien drainée, avec son exposition plein sud il pourra y planter de la vigne et commercer avec les marchands anglais très présents dans la région. Les sujets d’Henri V, Roi d’Angleterre et Duc d’Aquitaine sont  voisins de Trubessé et friands des vins de Béarn et de Tursan qu’ils viennent acheter à Arzacq, le plus grand marché de la région.

Menard Du Vignau, fils d’Arnauton Guilhem, hérita de tous les biens et titres de Trubessé il défendit avec acharnement ses droits seigneuriaux et fut maintenu Noble par sentence du Vicomte de Louvigny. Bertonnier qui lui succéda périt en 1512 lors de la bataille de Brescia en Italie au service de Gaston de Foix.

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Jacques le bâtisseur

C’est à Jacques que revint le titre de Baron de Trubessé en 1554. Il réalisa d’importants travaux au château dont il ne conserva que deux tourelles et y adjoint un corps de logis plus conforme à la vie d’une noble famille. Jacques passa toute sa vie au château, d’où il géra les 3 500 hectares de la baronnie. C’est à lui que nous devons la création du vin blanc liquoreux sur les terres de Cabidos. Nectar réputé et fort apprécié jusqu’à la table du Seigneur de Gramont et Prince de Bidache, Antoine 1er. Ses vassaux en reconnaissance de sa grande bonté le surnommèrent « l’ou gentil » (le gentil).

Les générations suivantes se partagèrent entre le travail de la vigne et des terres, les armes au service du roi et le clergé à celui de l’église. Dominique fut lieutenant sous Charles IX, Pierre curé de Monein, Mathieu félicité de la propre main d’Henri IV pour ses bons services militaires, un autre Mathieu fut nommé par lettre patente de Louis XIII au grade de capitaine en chef du régiment de Béarn, Elie était capitaine au régiment de Champagne de Louis XIV, Bernard notaire apostolique et plusieurs Du Vignau de Trubessé furent chevaliers de Saint Louis, également maints chanoines et curés de Cabidos ou de paroisses voisines se succédèrent dans la noble famille béarnaise.

Durant le 18ème siècle les successifs barons de la maison Trubessé ajoutèrent un second logis aux côtés est et nord du château ainsi qu’une terrasse. La démolition d’une des deux dernières tourelles permit ces agrandissements ainsi que la construction d’un chai pour conserver le produit des vignes de Cabidos.

Le sang de la vigne au secours de la vie

La famille Du Vignau de Trubessé servit au mieux les intérêts de sa baronnie et de ses vassaux durant des siècles quand advinrent des temps plus troubles. Lorsque la révolution puis la terreur de 1793 éclatèrent, le très jeune Jean Baptiste vit avec sa famille le château de Cabidos pillé et incendié par une bande révolutionnaire venue de Lescar. Sa mère sauva leurs vies et le reste du domaine en dirigeant les révolutionnaires vers les chais où leur ire se dissipa en buvant toute la production de vin du château.

Avec sa mère et ses cinq frères et sœurs ils se trouvèrent plongés dans la misère, sans cesse menacés d’être dénoncés comme aristocrates et risquant d’être guillotinés. La tourmente passée Jean-Baptiste travailla à relever peu à peu la maison de Trubessé et ses terres. Il réalisa notamment le jardin dans ses formes actuelles à l’entrée du Château de Cabidos.cabidos-31

En 1841, Antoine-Jules fut nommé maire de Cabidos et occupa cette fonction jusqu’à 1865, époque à laquelle il fut remplacé par son fils. Le 12 janvier 1862, il fut nommé membre du conseil général du département des Basses-Pyrénées pour le canton d’Arzacq. Son fils, le 15ème baron de Trubessé, Jean-Baptiste-Adrien-Amédée Du Vignau, ne goûtera guère le retour de l’empire avec Napoléon III. Comme nombre représentants des nobles familles béarnaises il restera fidèle aux descendants du béarnais, le roi de France Henri IV, et se rangera dans le camp des légitimistes.

C’est à lui que l’on doit la création de la chapelle à la Vierge de l’Apocalypse dans la tour du château de Cabidos et il se vit honoré comme gentilhomme aux plus hautes fonctions laïques du Vatican en étant nommé camérier de cape et d’épée de Sa Sainteté le pape Pie IX. Il décèdera en 1884 sans laisser de descendance. Sa sœur Marie-Catherine de Trubessé épousera en 1863 Armand Cogombles originaire de Bielle et maire de Bruges en vallée d’Ossau.

Au fil des successions et des cessions la première moitié du XXème siècle vit le Château de Cabidos avec ses terres et ses vignes perdre de sa superbe jusqu’au mariage en 1953 d’Isabelle Cogombles, arrière-petite-fille de Marie-Catherine de Trubessé avec Philippe, Comte du Cauzé de Nazelle.

La renaissance de Cabidos

Le Château de Cabidos revenu dans la famille, Philippe de Nazelle, décida en 1972 de venir vivre dans ce lieu magique des vacances de jeunesse de son épouse Isabelle. Si le panorama sur la chaîne des Pyrénées se déployait dans son immuable beauté, il n’en était pas de même pour le château aux murs décrépis, aux terres en déshérences et avec un jardin aux folles herbes. Vingt ans furent nécessaires pour restaurer les lieux et replanter vingt premiers ares de vigne sur le coteau jouxtant le château. Depuis la première mise en bouteille en 1995 ce sont neuf hectares de vignes qui ont été replantées.

Déjà présent sur les coteaux du Béarn au temps d’Henri IV, le petit manseng, cépage local, offre sur 7,3 hectares des vins blancs doux et secs, du cépage sauvignon sur un hectare et du cépage chardonnay sur un demi-hectare produisent des vins blanc secs et 0.35 hectares de syrah permettent de réaliser du vin rouge. L’activité viticole familiale relancée par Isabelle de Nazelle a également été développée par son fils Vivien et son épouse Madeleine, son fils Edouard, et l’expertise de Jean-Michel Novelle, œnologue et vigneron suisse de réputation mondiale.

En 2002, un chai climatisé a été construit et en 2007 Mme Méo Sakorn-Series est devenue maître de chai et directrice technique. C’est la seule femme thaïlandaise à diriger et vinifier un domaine viticole.

Robert Alday, le renouveau…

Quand en 2015, vingt ans après la renaissance du Château de Cabidos, Robert Alday a descendu pour la première fois la longue allée bordée de cyprès, il s’est cru en Toscane, pour lui, amoureux de l’Italie c’était un signe. Lorsqu’il a découvert la superbe et harmonieuse demeure et son jardin clos de murs centenaires, classés monuments historiques, le cœur a battu un peu plus fort chez ce bâtisseur amoureux des belles pierres. Il est vrai que le Château de Cabidos ancré face aux Pyrénées en ce nord Béarn vallonné a de quoi séduire.

Au moment de céder la propriété, Isabelle de Nazelle, qui s’était tant battue pour sa renaissance, avait dans son for intérieur l’espoir de transmettre aussi une philosophie de vie et de travail. Grâce à cette rencontre avec Robert Alday et sa famille elle sait que continueront de s’écrire les pages du grand livre de l’histoire du Château de Cabidos et que se poursuivra l’œuvre commencée il y a six siècles fidèlement à la devise d’Arnauton Guilhem Du Vignau de Trubessé, « Je marche ».